Intégrale de Peuterey, version non-stop.




En soi, ce genre de projet est totalement inintéressant mais la perspective d’être en action pendant un long moment m'a motivé pour accompagner Mister Griffith dans sa préparation d'expé au Pakistan. J'avoue que cette idée m'avait déjà traversé la tête mais j'avais toujours su trouver la bonne excuse pour ne pas m'y lancer.


Jon propose de partir du refuge Borelli, au début je trouve cela moins "élégant" mais finalement la nature reprend le dessus et ma feignantise me fait céder facilement.



On monte donc au refuge se régaler de risoto. Pas grand monde dans la cabane à l'exception des 2 gardiens. Les différentes stratégies font que peu de cordées visant l'Intégrale s'y arrête. Malgré que nous ayons tous deux fait la course, il est difficile de prévoir un horaire précis mais une trentaine d'heure semble crédible. Le but sera, comme toujours à Chamonix, de ne pas rater la benne!

Bien que je déteste cela, je suis obligé de préparer mon matos avec soin. Coté technique, rien de bien compliqué c'est plutôt sur la tenue que je me pose des questions. Bien évidemment pas de sac de couchage, mais il faut pas trop céder aux sirènes du léger à tout prix. Si le projet est joueur, la montagne ne l'est pas et la météo capricieuse ne doit pas être négligé. Il faut conjuguer le parcours de l’arête Sud en plein soleil et une progression à 4000 en pleine nuit ! Pas facile de trancher entre la grosse doudoune et l’anorak léger. Après m’être entouré des conseils  des 2 plus fameux routeurs météo de la vallée, merci à Yann  Giezendanner et à Julien Désécures, je prends l'option "kifaiplaisirpartrentedegré" : anorack light et petite goretex.
Reste la bouffe : des barres variées, de la poudre énergétique pour faire passer le gout de l'eau de fonte, une tartiflette parce que même déshydraté, c'est trop bon le Reblochon, un ptit déj lyoph pour avoir un semblant de gout de café et....du concentré de RedBull pour l'assaut final. C'est si bien préparé que j'oublie la cartouche de gaz. Une longue visite de Courmayeur permet de dénicher ce point non négociable d'une longue ascension.
Réveil à 3h, c'est partit! L'attaque de nuit n'est pas des plus faciles et les erreurs d'itinéraires s’accumulent. L'essentiel est de s'en rendre compte et d'accepter de désescalader pour de remettre dans le bon chemin. On coupe la première partie en deux, je fais la Noire et Jon gérera les rappels et la navigation jusqu'à Craveri. Aprés, on verra bien!






















 Même si c'est plus fatiguant, je préfère cette solution car après quelques longueurs, le leader "ressent" parfaitement l'itinéraire.
Petite décontraction au sommet et revérification de la météo. 


Les rappels sont toujours un peu stressant. Contrairement à un nombre croissant d'itinéraires classiques du Massif, les spits "made in Italy"n'ont pas encore fait leurs apparitions ici. La descente se passe bien, on ne remonte décoincer la corde qu'une seule fois!






 La jonction "bas des rappels- Craveri" est le passage "fatiguant" de la ligne. L’empilement de blocs instables oblige à avoir le pied  léger. Les 3 heures que durent cette progression en terrain mouvant sont totalement désagréables !






 L'arrivée au petit tonneau de Craveri  sera l'occasion d'une bonne pause. Il est 20 heures et cela fait 17heures que l'on est réveillé, les yeux piquent un peu. On s'allonge, on fait de l'eau, on se gave de Tartiflette/Muesli : le bonheur !






 A 22h, on remballe le tout et on rattaque. Forcément, je me goure d’itinéraire en voulant couper un peu trop droit. La fissure n'est pas de qualité Céuzienne et un bloc se détache. Concentré sur mes prises, je m'en rend à peine compte. Il faut dire qu'avec la demi tonne de caillasses que j'ai déjà envoyé en bas, cela ne me trouble pas beaucoup...Sauf que celle-ci termine sa course sur le casque du Jon. Arrivé au relais, il ne me dit trop rien. Les 2 heures suivantes aussi. Malgré la fatigue et le rythme de la progression, je m'étonne de ne plus entendre sa voie joyeuse et ses blagues pourries.


De loin, je l'entend me parler mais uniquement en Anglais. Je sais que ce petit jeu amuse énormément son coté Belge mais habituellement cela dure moins longtemps ! Je profite d'une pause  pour être un peu plus bavard qu'à la normale, en fait la pierre lui a carrément secoué le cerveau : il croit que je suis Américain, ne sait plus du tout où il est, à des problèmes d'équilibre et un énorme mal de tête. D'un coup, la pression monte car ce genre d'endroit n'est pas vraiment propice aux troubles cérébraux. De toute façon, on est a milieu de la nuit, il n'y a pas d'autres options que de poursuivre. On verra avec le jour.

 Au sommet de la Blanche, le soleil nous touche.

On voit la fin de l'itinéraire, le moral remonte en flèche. Le mal de tête à disparu et l'équilibre de Jon est revenu, ses boutades anglo-belge reprennent, je suis soulagé. Le passage de la demi lune sous le sommet de la Blanche nécessite un peu d'attention, on raboute les 2 brins de 60 pour améliorer la sécurité.
 4/5 rappels de 30m et l'on est sur le plat du glacier du Fréney. Rangement du matos techniques, la fin est là.





 Si proche, si loin. L’arête finale est la bête noire de tous les candidats à l'Intégrale : coulage de bielle garantit à 100%. 3 heures de ramage complet mais le sommet passe par là.




 On se motive mutuellement et ça repart. Heureusement, la trace est excellente jusqu'au sommet. Surtout ne pas lever les yeux, s'obliger à river les yeux sur la trace. A 9.30, on débouche au Mt-Blanc de Courmayeur. Effondré dans la neige, on regarde le paysage sans trop comprendre ce qui se passe.Il n'y a quasiment plus rien devant nous, la montée c'est finit. 30 heures d'effort. Enfin, il faudra encore en additionner 5 pour prendre le téléphérique. C'est vrai, c'était vraiment une idée à la con !