Le long chemin du col du Bonhomme au Mont-Blanc.


Il y a quelques temps, j'expliquais à un public attentif comment je décidais de mes parcours. D'abord chercher ce qui fait plaisir, trouver la vibration qui fait que l'on se sent bien "la-haut". En saison d'été, j'avoue éprouver un réel plaisir à jouer avec les limites de mon endurance physique. Pas de voies extrêmes comme en hiver, mais le plaisir d'avancer, de faire de la distance. Ensuite chercher les possibilités, pour ce type de parcours le mieux c'est la carte, si possible en relief car la ligne pour être belle doit être logique. Pas de cheminement tiré par les cheveux pour faire du kilomètre. Toujours faire ce qui est évident.

Et là, à peine une semaine après ce brillant exposé, révélation, une méthode alternative m'est apparu. En fait, je sirotais tranquillement un pichet à la paille dans un p'tit bar de Cham'. Comme d'habitude à l'Elevation, ça parle anglais. Dans ces cas là, même pas la peine de compter sur Jon et Korra qui oublie un peu trop rapidement le niveau 4éme de ma première langue vivante. Le regard dans le vague, je fixe sans la voir la carte qui me fait face. Sans vraiment la chercher, une longue crête apparaît. D'en bas à gauche, elle coupe en diagonale jusque très haut à droite. La représentation de l'altitude sous forme de teintes hypsométriques fait ressortir son relief de façon évidente...C'est La ligne! Je me précipite pour voir ça de plus prés. En fait, pour dire vrai, à ce moment là, je me précipite plutôt vers les toilettes mais bon la carte est aussi sur le chemin du retour, ça tombe bien. J'attire l'attention de mes 2 habituels compagnons de cordés par le subterfuge toujours efficace de la girafe de 3 litres. Pour Korra et son pied blessé se sera difficile mais vu que ce gars connait tout sur tout ce qui s'est fait avec une corde, il pourra être de bon conseil. Pour Jon, c'est différent, je sais que c'est le partenaire idéal pour ce type de ligne. Doté d'un ventre proéminent et incapable de dépasser le 6a, il est toujours partant pour les varappes qui plafonne dans le 4éme degrés. Ces dernier temps, il a développé, dans le domaine de la marche très rapide en altitude, un entrainement spécial issu d'une tribu sherpa adepte du lancer de pierres. Décidé a devenir une référence dans le domaine, il va croiser, d'ici peu, cette technique avec celle développée par les talibans du Gilgit-Baltistan...Résultat à suivre en octobre!
Au final, la blessure de l'un et une histoire de tee-shirt prêté rendu taché pour l'autre me donneront l'occasion de passer un petit moment avec la sympathique et extrêmement douée machine du GMHM, Mister Did Jourdain. On touche là, un des autres points clefs de ce genre de voyage, trouver le bon partenaire.
Pour moi, c'est simple pas question de partir avec un gars trouvé sur Camptocamp ou le copain du copain qui doit faire sa liste de course! Je vais en montagne pour passer un bon moment sans prise de tête. Mon partenaire doit être comme moi, si en plus il a un humour pourri, l'aisance d'un chamois et la caisse d'un martien alors je pars détendu, c'est sûr ça va bien se passer.

 Inaugurer par la non-stop de Peuterey l'an passé, ce genre d'aventure face à soi-même est d'une grande richesse. Dans la cordée, chacun se soutien, cherche l'itinéraire, fait la trace, décide de la pause, prend la tête à tour de rôle sans négociation ni palabre. Individuellement, le moral joue un rôle primordial, même si t'as mal au jambe, même si t'es assoiffé, il faut garder la motivation. Un pas après l'autre, un moov puis le suivant et encore et encore. La vigilance est aussi maîtrisée à chaque instant, sur une arête tout particulièrement, on n'a pas le droit à l'erreur. Ici, c'est pas le Tour de France avec ses porteurs d'eaux, ses ravitaillements et son assistance technique. Quand t'as plus rien, tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même. Mais quand tu arrives au but, quelle satisfaction et même si les moments de plaisirs ont été rares, quelle bonheur de voir le chemin parcouru ! Vivement le prochain ..................