La théorie du plafond.

Un bon vieux principe de notre démocratie veut que l'on soit, entre autre, tous égaux. Foutaise, moi je pense pense plutôt l'inverse. A mon sens, on peut connaitre assez clairement ses "possibilités d'alpinisme" en faisant le produit de nos propres qualités physique et mental. A ce capital, on ajoutera les points d'expérience. Reste ensuite à retrancher le poids de la vrai vie, situation familiale et professionnelle. Ce résultat a été résumé de façon implacable par NTM quand ils affirment que "mon plafond reste ton plancher". Sans grand gout pour les mathématiques, je me suis toujours laisser guider à l'instinct mais le dernier projet de mon pote Korra m'a mis au pied du mur. En début d'hiver, il me propose un mois en Alaska, rapidement et après consultation de madame, je répond oui. Les semaines passant, je me projette plus précisément sur l'objectif. L'inconnu, la durée et les risques mis en face du sourire de mes 3 anges rende l'équilibre de plus en plus fragile. Finalement, je craque et annule le projet.  Sans changer mon choix, un événement récent me pousse à la réflexion. En résumé, un père, guide et montagnard d'expérience, se fait une session freeride avec son fiston. Une de ces belles journées de bonheur et de partage qui laisse de magnifiques souvenirs. Les possibilités de nos montagnes sont tellement énormes que rapidement les pistes deviennent monotones. Envisageant, un couloir, le papa passe devant, rompt une corniche et meurt sous les yeux de son enfant. Sale égoïste ou bon père, la sanction reste toujours la même. A moins que la définition de "bon père" soit déménager pour la Beauce, prendre un abonnement à Canalsat et s’inscrire au cours de Tennis. Reste aussi l'option de faire brûler un cierge infini à l'église de Chamonix... Vivre au jour le jour, profiter du moment présent et surtout ne pas se poser de question semblent être les lignes à suivre pour survivre dans ce belle endroit. Hasard de la vie, en plus de me poser des questions métaphysiques, v'la t'y pas que je me prend une rouste technique. Jusqu’à là, tout avait toujours bien déroulé, et naïvement, je me plaisait à croire que la technique du dry allait me permettre de randonner toute les voies de mon chère massif. La directissime Gabarrou Long au Dru m'a cruellement fait comprendre que non. Dans la to-do-list des voies à faire par hiver sec, celle-ci était bien placé. Du coup, l’anticyclone annoncé et le vent nous oriente naturellement vers sa face nord. Après avoir gravi ou tenté de gravir une bonne partie des lignes, nous avons une idée assez précise de ce que l'on va trouver. Enfin à 2/3 détails prés,  la taille des fissures juste trop large pour pas y coincer les lames et juste pas assez large pour y coincer les doigts. En plus, le caillou est trop lisse pour grimper en crampon et la température trop froide qui rend les semelles dures comme du béton et d'un coup beaucoup moins aisé à poser. Et pis la neige elle est trop molle et Bernard, c'est un égoïste...Bon bref, au bout de 100 mètres à artifer, la perspective des 900 suivants de même acabit me font vriller le cerveau : j'en ai marre, j'aime pas ça, je veux rentrer chez moi !!!! Mais rassurez vous, j'ai encore grave de projets la-haut, c'est clair, Petzl peut encore me prévoir un bon stock de lames à user.
Toute ressemblance avec une face ayant existé serait fortuite












Petit retour en arrière. Les conditions chaotiques de cette hiver réduisent bien le champ d'action. Mais bon 2/3 créneaux, on permit de s'oxygéner un peu. En s'excitant un peu, on a travailler un peu le volume et le physique.
D'abord un petit tour en montagne, Mister TVmountain a repéré une ligne évidente ;-)  Droit au dessus de l'attaque de la face nord.



 Après 200m de glace, on rejoint un éboulis vertical sur une courte longueur, l’éboulis se stabilise sur une longueur facile. Deux longueurs majeurs, glace à 90 et M7, mène à l’arête. Arrivé là, je fais le relais terminal, une sangle en place me tend les bras. Je check rapidement son état, validé, cabestan / réverso sont en place, histoire de les voir forcer dans le dernier passage en dièdre je prend une grosse brassée de mou puis saisi la corde à pleine main pour redescendre de quelques mètres. Sans comprendre ce qui se passe, rien ne me retient et forcément je bascule vers l'avant !!!! Un bon gros gainage me stabilise avant de sauter la marche. J'imagine la tête de mes partenaires s'il m'avait vu saucissonner en dessous d'eux juste après avoir dis "relais".  En fait, le noeud de sangle s'était détressé avec le temps.
Une poignée de jours plus tard, me voilà à Kandersteg avec Octave Garbolino, un de nos jeunes prodiges de l'équipe glace issu du circuit DTS. Cette team de quelques jeunes sur motivés sera un des viviers de l'alpinisme. Physique et technique de la glace et du dry les conduiront loin, j'en prend le pari !
Ce coin bien raide permet de grimper en sécurité car ces derniers temps, les avalanches ont tendance à couler de partout.

Merci Monsieur Jasper pour le topo !
"Mach3"


"Mach3", L2

"Mach3", le dry de L3
"Mach3", L3, photos d'Antoine Rolle



L2 en D12 de "Monthy"
Photos (c)  FX Woestelandt

L1 de "Monthy", juste aprés le crux








Le talentueux Simon Duverney attaque la trav de Flying





"Flying", L3 , Boniot's photos


Acte 1, "Monthy Python", le 12 de la légende Jasper, cette voie, labellisée "scary fest" par un magazine propose 3 longueurs sur pitons plantés dans un caillou par toujours excitant. Le premier 9 pose les bases. 3 pitons pourris et un couplage de stopper protège la première section. Le crux sur un minitrou est franchement mythique! L2 oscille entre très fort dévers et toit. Les pitons rouillés, planté tête en bas, associés aux ancrages, bons quand on prend les bons, n'encourage pas au n'importe quoi. Je sens cette longueur jouable mais avec un investissement d'au moins 3 jours. Octave n'est jamais venu dans le coin, on passe donc sur autre chose. Comme beaucoup de dryeurs, "Flying Circus" le motive. La place a été réservé par l'élite de l'armée Française, je lui propose de patienter en grimpant "Mach3" à l'échauffement ! L'ayant gravi récemment, je pars devant, une grande longueur de 60 m enchaînant L1/L2 et une partie de L3 chauffe les bras, un peu de glace démente pose sous le toit. Le dévers est impressionnant mais le nombre de spits détent atmosphère. Octave fait parler le physique, ce fumier grimpe sans forcer! On rappelle au pied, direction "Flying", le bataillon étant passé, il nous reste à profiter des impacts laissés. Merci les gars! Octave plie L1 de "Monthy" puis j'encape la fameuse longueur en traversé, partit un peu light en coinceurs, je serre les dents. La longueur de glace qui suit est toujours aussi belle. Même si c'est la troisième fois que je la parcours, cette ligne reste un must à parcourir absolument. La neige nous chasse pour le soleil Italiens de Cognes. La-bas, Nico Lochu et Vinc' Henry ont ouvert "filles de l'Est", je propose d'y ajouter "Jedi Master" pour optimiser la journée. Au final, on pourrait baptiser cet enchaînement "Master Fillette", vue qu'on a pas grimper L5 pour cause de glace plus trop glace.
Le topo. L1,M6+ / L2, D10 / L3, M5+, L4,4+/5, L5,Wi6
"Fille de l'est", L1